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La Rose des vents : Du Roi Lear de Shakespeare à Si tu veux pleurer, prends-mes yeux ! d'Antoine Lemaire

« Dans ce travail de condensation, nous prenons le texte de Lear comme un matériau » (A. Lemaire)

Lear ou le règne du combien tu m’aimes, dis ?

Lear, pour apprendre à aimer tout court.
 

    Un texte fort a ceci de bon qu’il ne se laisse pas épuiser par ses lectures, qu’il en a sous le capot. Le Lear de Shakespeare est de ceux que des siècles de fréquentation assidue ne laissent pas de donner à voir et à entendre des fulgurances de sens. Encore faut-il se laisser embarquer. Prendre le risque de la traversée, abdiquer un peu, comme le roi en ouverture de la pièce.

    Antoine Lemaire est entré en Lear comme le croyant dans la foi, le militant au parti ou la parturiente en travail et il en est sorti quelque chose  d’inouï, d’inédit ou monstrueux qu’on nomme une création. Entre scepticisme, engagement et contractions, le chemin emprunté, à l’image du voyage initiatique du personnage éponyme, l’a conduit à s’emparer autrement du texte, de la langue, des personnages, des thèmes, de la grammaire, du rythme, en un mot, du matériau shakespearien.

A réinterroger aussi sans doute.

    D’abord la langue de Shakespeare : lire et relire, lire et traduire, lire alors réécrire pour que la langue nous parvienne, pour qu’elle se prête au jeu sans que rien du sens ne se perde.  En résulte un texte hybride, un  bâtard, à l’image d’Edmond, fils illégitime de Gloucester, une écriture d’aujourd’hui qui tantôt reprend à son compte la poésie baroque de l’auteur élisabéthain et tantôt insuffle aux répliques une énergie actuelle toute triviale et vibrionnante. e son théâtre.

 

    Ensuite l’univers de la pièce : la corruption, le pouvoir, l’amour filial, sororal, conjugal, l’identité, les trahisons, les complots, les simagrées, la déshérence, la violence, la défaillance. Tout y est, mais c’est dans une urgence toute contemporaine, dans l’impérieuse  nécessité de montrer ce qui est à l’œuvre  ici et maintenant  et avec une insolente acuité que les thèmes sont traités. Les pères sont dupés (Gloucester) ou défaillants (Lear), les enfants ingrats, revendicatifs, les hommes lâches, les rois aveugles et les conquêtes enivrantes. 

    Enfin la scène et ses comédiens: des corps et des voix qui incarnent un monde en discorde au rythme de sons rock et électro, dupliqués par des écrans géants scrutant l’intime ou dénonçant le cirque des médias.  Un jeu tout à la fois sincère et décalé, burlesque et tragique, clownesque et intense. Une énergie qui traverse les comédiens pour dire, chanter ou vociférer la lente mais violente décomposition d’un monde factice, n’atteignant la lumière que l’âme enténébrée, lucide seulement dans la cécité à l’approche de la mort.

Et avant toute chose le parti pris d’en rire sur ce qui ne l’est pas tant que ça, drôle ! Impertinence, irrévérence et insolence émaillent le parcours.

    Antoine Lemaire a opté dans sa distribution pour une Cordélia  au corps d’homme, une enfant dans la danse, qui s’accroupit, incrédule, pour regarder ses sœurs dire combien elles aiment leur père, telles  des comédiennes répétant leur concours d’éloquence. Le spectacle nous bouscule, entre catharsis et distanciation, entre hier et demain, entre pantins et poltrons, entre la farce et l’offense, entre le live et la caméra  et nous invite à nous accroupir avec la même innocence pour mieux voir le monde et ses manigances, quitte à perdre son (re) père en chemin, mais en ne cédant rien, nothing, de notre envie d’absolu.

Géraldine Serbourdin


Ci-joint, un questionnaire s'adressant aux Premières/Terminales/Option facultative.
Ci-dessous, le dossier pédagogique en ligne sur le site de la Rose des vents.
 

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