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Citéphilo sur la Danse contemporaine

Vous philosophiez... Eh bien dansez maintenant ou l'inverse!


Aurélie Boulanger, enseignante en Lettres et en Théâtre et Frédéric Rogalewicz, enseignant en philosophie ont invité François Frimat, philosophe,  dans le cadre de cité philo pour échanger avec plusieurs classes autour de la danse contemporaine.

Affirmer que l’on va voir des spectacles de danse contemporaine, c’est courir le risque de sentir un regard interrogatif mêlé de perplexité chez son interlocuteur.  

  • Aller voir de la danse contemporaine, ce serait entrer dans le cercle des spectateurs audacieux.  
  • Il y a mieux : pratiquer la danse contemporaine, ce serait développer une forme de mystère autour de soi, de son corps, et des mouvements de son corps.

Pour celui qui a déjà franchi le cap, force est de constater que les créations proposées en danse dans les différents lieux de spectacle font preuve d’une vitalité créative qui ne s’est pas démentie ces dernières années. Pourtant, même pour le spectateur initié, la nature même de la danse contemporaine se pose : comment caractériser ces formes dansées, aussi diverses soient-elles ?  

L’étiquette « danse contemporaine » s’avère pratique, puisqu’elle permet de réunir sous une même dénomination une multitude de propositions différentes. Si l’on s’en tient au sens de l’adjectif « contemporain », cela ne renvoie ni plus ni moins qu’à la danse de notre temps, celle dont nous, spectateurs, sommes témoins dans l’actualité qui est la nôtre.  

  • Pourtant, la danse contemporaine n’est pas née avec nous, elle semble éclore au tournant du xxe siècle, lorsqu’elle s’émancipe du théâtre et de la musique, et ce sont des figures comme Loïe Fuller, Isadora Duncan ou Vaslav Nijinski qui vont renouveler l’approche de la danse par une recherche constante de modes d’expressions innovants passant par le corps.  
  • C’est après la seconde guerre mondiale qu’émergera ce qu’on appelle la danse contemporaine.  

La danse devient alors le mode d’expression privilégié des états et des émotions, alors que cela était dévolu à la musique depuis les romantiques, comme le rappelle Anne Boissière dans sa présentation de l’ouvrage Approche philosophique du geste dansé.  

Frédéric Pouillaude, dans son article « Vouloir l’involontaire  et répéter l’irrépétable », pour mieux cerner la spécificité de la danse contemporaine par rapport aux danse classique et traditionnelles, explique que la danse contemporaine est « précisément cette danse qui entend oeuvrer en-deçà de tout code ou de toute tradition établie », ce qui laisse au danseur comme au chorégraphe un champ de liberté qui explique sans doute la diversité des approches et des propositions depuis la seconde guerre mondiale.  

 

  • En effet, les créations chorégraphiques n’ont cessé d’expérimenter de nouvelles grammaires du geste, et si l’on pense à Martha Graham, Merce Cunningham, Pina Bausch,  et plus récemment  à des chorégraphes comme Alain Platel, Anne Teresa de Keersmaeker, Boris Chamartz, Christian Rizzo ou Jérôme Bel - la liste est longue et ne s’achève pas là - on peut se demander s’il existe un dénominateur commun dans la création chorégraphique de ces artistes qui permettrait de rassembler leurs créations derrière l’appellation « contemporaine », ou s’il faudrait plutôt parler de danses contemporaines au pluriel, ce qui ne ferait qu’éloigner le problème mais le simplifierait.  

Dans son essai Qu’est-ce que la danse contemporaine ?, François Frimat part de l’idée que tout geste dansé est hybride, puisqu’il serait caractérisé par une recherche du geste qui se détacherait du corps quotidien, social et culturel, pour produire de l’inouï (ou plutôt de « l'in-vu »), tout en devant prendre comme appui les données biologiques qui conditionnent notre corps.  

  • Si l’on s’en tient à l’acception commune du sens d’ hybride, à savoir « Qui provient du croisement naturel ou artificiel de deux individus d'espèces, de races ou de variétés différentes. » (Source : TLF), l’étymologie même du mot renvoie à l’idée d’une nature mêlée, comme si la danse contemporaine se caractérisait par la notion de croisement, de mélange.
  • Cependant, F. Frimat semble rejeter l’idée que la danse contemporaine serait une fusion d’éléments divers ; pour lui, elle est avant tout ce qui donne naissance au jamais fait, au jamais vu, à ce qui est autre et donc nouveau, mais sans faire table rase de ce qui préexiste - le corps, avec ses données biologiques, ses acquis culturels et son passé codifié dans le geste dansé lui-même, comme on peut le trouver dans la danse classique -, car il s’agirait d’un leurre. Le chorégraphe serait donc celui qui, pour créer, doit combiner le désir de faire advenir l’inouï tout en faisant avec le donné.  

 

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