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Découvrir les écritures contemporaines et rencontrer les auteurs : classes Théâtre du Lycée Pasteur à la Villa Yourcenar

Le silence des mots
Rencontre : Elèves de Secondes 5 et 6 avec Alexandre Bergamini à la Villa Yourcenar le Mercredi 28 Novembre 2018

C’est un après-midi de Novembre. La pluie et le bus nous attendent. Du centre ville de Lille nous partons vers les Flandres, dans la cambrousse, disent les élèves. Pourvu qu’on ne soit pas ralentis par les Gilets Jaunes, s’inquiète le chauffeur, professionnel.  On se dirige vers la villa Yourcenar,  là où vécut la première femme élue à l’Académie Française, Marguerite, là où sont en résidence des écrivains, là où on va en rencontrer un, un vivant, Alexandre Bergamini, dont nous avons lu quelques extraits de Sang damné, Quelques roses sauvages, Cargo Mélancolie, la semaine dernière. Hors contexte, comme ça, pour découvrir sa langue, son univers, le rythme de ses phrases et sa prose, ses moments de poésie aussi. Rien de lui que son œuvre. C’était un choix, un parti-pris d’entrée dans son univers et une préparation à la rencontre.
Nous avons lu à voix haute, on a essayé de slamer des morceaux, on en a chuchoté. Les élèves ont dit «  beau, poétique, difficile, parfois compliqué, atmosphère sombre. »
Aujourd’hui on va le voir et on va lire avec lui.
Durant le trajet le groupe chante, crie fort, il est beaucoup question de fermer sa gueule, et d’autres mots pas très catholiques qui fusent à l’arrière du bus. C’est joyeux sur une route grise et terne, sans rien de jaune pour nous freiner.
On descend. Dans la boue nos pas piétinent les feuilles mortes, les cris nous escortent encore jusqu’à la maison. On entre et là on est ailleurs.
On entre en littérature comme on entrerait dans un couvent ou un cloître.
On entre dans le silence des mots.
Alexandre parle. Nous parle vraiment. Il ne nous lâchera pas durant le temps de la séance de travail. Le corps tendu vers son objectif, le regard soutenu, la voix claire.
Pas de blabla, pas de discours, rien d’inutile.

Un à un les élèves vont lire, dirigés par lui. Il s’agira d’entendre chaque mot résonner dans la pièce, il s’agira de traquer le sens, de ne pas le laisser tomber, il s’agira de faire sentir la chair des mots, la vibration des images, les échos du récit.
Le groupe est en travail, se laisse porter par les indications d’Alexandre, mais chacun en lisant est actif, debout, sujet et digne. Tous sont émouvants. Le moment en lui-même, dans cet espace hors du temps, dans une lumière d’automne un peu malade, ce moment est suspendu.
Dans le respect et la bienveillance on apprend à lire, on redonne corps à l’écrit et,  c’est un peu du sacré et de l’artisanal de l’écrivain  qui nous parvient.
Les élèves sont là, très présents et sensibles, respectueux et engagés.
Silencieux
Ils auront appris à lire mais aussi et surtout ils auront appris que la langue est aussi faite de silence.
On ne peut pas enseigner ça à l’école, il fallait ce détour par la villa, par la rencontre d’un auteur.
On repart.
Sur le trajet du retour les élèves crient, chantent, et quand, ralentis, nous croisons à un rond-point le feu qui réchauffe les Gilets Jaunes ils scandent bruyamment les slogans.
La littérature aura croisé la vraie vie.

Mercredi 28 Novembre 2018,

Géraldine Serbourdin

Professeur de Théâtre au Lycée Pasteur à Lille

Merci à Alexandre Bergamini, auteur

Merci à Marianne Petit,  directrice de la Villa Yourcenar

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