Aller au contenu. | Aller à la navigation


Outils personnels

This is SunRain Plone Theme
Vous êtes ici : Accueil / Les domaines / Écritures contemporaines / Dossier Actions / Goncourt des Lycéens : au cœur de la fabrication du romanesque, un échange de grande tenue.

Goncourt des Lycéens : au cœur de la fabrication du romanesque, un échange de grande tenue.

Canopé Lundi 10 Octobre 2016

 D’où ça vient ? Où ça s’invente ? De qui, de quoi on part ? Comment on y arrive ? Quels chemins on emprunte ?  On cherche où des informations ? On coupe quand ? On regrette quoi ? On espère quoi ? On vise qui ?
Autant de questions précises et ciblées que les élèves des Lycées de Montreuil sur mer, Valenciennes, Beauvais, Dieppe, Saint Amant les Eaux, ont posées aux auteurs présents sélectionnés pour le Prix Goncourt Lycéens à Canopé à Lille le lundi 10 Octobre 2016.

 

 Il est des rencontres qui valent plusieurs séquences pédagogiques, il est des échanges qui illustrent magistralement l’idée que lire et écrire relèvent du même geste, encore faut-il que l’on s’y autorise.Les auteurs,  Medin Arditi, Jean-Baptiste Del Amo, Gaël Faye, Régis Jauffret, Karine Tuil, Leila Slimani, Romain Slocombe, Natacha Appanah,  ont incarné avec générosité et enthousiasme la littérature en ce qu’elle est travail sur la langue, devoir de mémoire et partage d’un imaginaire.
Ils ont donné à entendre le processus de création avec simplicité, modestie et humour. Et redit à leur façon  à quel point il était important de s’emparer  du réel pour le transfigurer et le donner à lire par la voie du sensible pour que se produise du sens.

C’est une invitation au geste artistique que leurs propos traduisaient, un éloge de la singularité.

 Moment émouvant que celui d’une adolescente disant « j’ai une question pour Régis ». Régis Jauffret est devenu un proche pour elle le temps de la lecture de Cannibales. Un autre jeune demande à Gaël Faye pourquoi il n’a pas accordé autant d’importance au personnage de la sœur dans Petit Pays. L’auteur le remercie et nous confie qu’il s’agit d’un réel  regret pour lui. Il évoque le rôle de l’éditeur, la nécessité de retravailler, les repentirs.

 Leila Slimane évoque  avec naturel son enfant à la faveur d‘ une anecdote qui livre le sujet de son livre, le monde des nourrices. Karine Tuil, L’insouciance,  répond longuement aux élèves qui l’interrogent sur le lien entre amour et politique, Metin Arditi, L’enfant qui mesurait le monde livre la genèse d’un récit qui, à l’origine, n’avait pas pour sujet son personnage d’enfant autiste. Il s’est imposé à lui. Chacun parle des personnages qui les habitent ou les dérangent,  ou de la fable qui avance, qui les devance. Mais aussi de la guerre et du prix du livre au Burundi, des adolescents à Mayotte, des tortures, de l’indifférence, de la sexualité, du pouvoir militant d’un livre.

Tout ce que le pédagogue décline dans les cours de littérature y était mais en mieux !

 Des sources de l’inspiration, du déclencheur de l’acte d’écrire, de la composition, de l’architecture, de la création des personnages, du rapport entre réel et fiction, du lien entre autobiographie et romanesque, de l’onomastique, de  la nécessité d’un bon incipit, du genre épistolaire comme genre majeur, de la difficulté de conclure.

Ailleurs un débat télévisé entre politiques faisait date par la vulgarité des échanges, miroir d’un monde mal en point. Ici, lundi, à Lille, une rencontre  -mêlant jeunes de lycées professionnels et écrivains reconnus - où quelque chose de la création et de la transmission a vibré et où un respect mutuel entre adolescents grands lecteurs et auteurs grands passeurs,  a donné lieu à un moment de  grande tenue et  de belle vitalité.

 Géraldine Serbourdin

 Coordonnatrice Daac pour les Ecritures Contemporaines

Mots-clés associés : ,